Politique & Société

États-Unis d’Afrique : utopie ou grand enjeu du 21ème siècle ? (2/2)

Drapeau de l’Union Africaine. Il représente la carte vierge d’un continent africain sans frontières et uni. Bien qu’oeuvrant pour la paix et l’unité du continent, l’Union Africaine n’incarne pas pour autant les États-Unis d’Afrique tels que rêvés par les courants panafricanistes. (Source image : Wikipedia)

Afin de permettre l’éclosion d’une fédération africaine, il y a urgence de trouver des moyens visant à éteindre toute braise et tout foyer de tension en Afrique. L’Afrique devra saisir le taureau par les cornes en réglant ses conflits pacifiquement. En maintenant la paix, facteur de rapprochement des peuples, en développant un réel marché africain pour l’écoulement des productions, et en encourageant des solutions africaines face aux problèmes africains. C’est seulement à ces conditions que l’éducation, les mass médias et la progression des organisations sous régionales pourront, le moment venu, permettre la naissance heureuse de la fédération africaine.

Le développement de l’éducation et des mass médias africains.

L’union africaine devra promouvoir la culture africaine, l’histoire de l’Afrique et le panafricanisme auprès des jeunes. L’idéologie panafricaine tout comme le baptême chez les chrétiens devrait être reçu par les jeunes africaines à la fleur de l’âge. Il faudrait un processus de réécriture de l’histoire de l’Afrique. Une histoire qui devra mettre en ligne de mire le fait que les frontières actuelles sont simplement imaginaires et que l’Afrique, historiquement, n’a jamais été divisée. Il faudrait faire comprendre aux jeunes d’Afrique que la conférence de Berlin de 1884 n’a aucunement définis les réelles frontières actuelles, même si le principe de l’utis possidetis juris semble la consacrer. Une histoire prenant en compte les valeurs africaines et son passé glorieux. Et non une histoire présentant l’Afrique ou l’Africain comme ce mendiant toujours assis sur une mine d’or. Non une histoire qui humilie l’homme africain dans ses contours et ses détours, le considérant comme un Homme à part et non à part entière végétant à la périphérie de la mondialisation. Car en effet, l’histoire de l’Afrique a été tronquée et biaisée. Et on ne le dira jamais assez : tant et aussi longtemps que les histoires de chasse seront écrites par les chasseurs, les lions seront toujours déclarés vaincus.

Toujours dans la perspective de naissance de la fédération africaine, la création des mass médias panafricains s’impose. En effet, pour s’informer sur leur continent, les Africains doivent avoir recours aux chaînes étrangères, qui pivotent, virevoltent, dénaturent, mieux, biaisent le plus souvent le sens de l’actualité africaine et internationale. Ainsi, nous consommons l’interprétation du monde des autres ! Quelle est alors l’interprétation africaine du monde ? D’où l’urgence de créer une chaîne panafricaine crédible comme antidote aux grandes chaines occidentales permettrait de palier au sous-développement intellectuel du continent et donc rapprocherait les peuples et État par le développement d’un sentiment panafricain et la volonté de vivre ensemble dans une Afrique fédérale riche de part la diversité des couleurs de son tapis. L’Afrique est un continent énormément riche qui doit mettre ses ressources dans le sens de ses intérêts. En effet, les Africains doivent regarder leurs réalités ensemble, dans un miroir, sans pour autant casser ou vouloir casser ce miroir. Devient-il impérieux de réfléchir ensemble pour un développement collectif, pour un développement qui s’éloignera des égoïsmes nationaux, un développement qui assurera la prééminence de la « respublica » sur la « reprivata ». Un système de développement fédéral dans lequel des attitudes nombrilistes, conflictogènes et opportunistes seront de lointains souvenirs.

À cette condition, on assistera sans aucun doute à la naissance heureuse de la fédération africaine. Cependant, ce serait encore plus rassurant si l’emphase était aussi mise sur la progression des organisations sous régionales vers la fédération.

L’émergence des organisations sous régionales vers la fédération africaine.

La libération des échanges est une condition sine qua non à la création d’une Afrique fédérale. Jean De Gaule, conseiller pour les affaires africaines du président Jacques Chirac, déclarait : « sur le plan strictement économique, ce qui fait défaut au continent africain, c’est le cloisonnement des marchés ». Chaque État vit dans une certaine autarcie et a du mal à s’ouvrir à ses voisins, encore moins aux États de sa sous-région. Cette politique quasi autarcique, digne d’un autre âge dans cette ère de globalisation des échanges, a pour conséquence de laisser indifférents les investisseurs, qui sont plutôt à la recherche de marchés qui leur offrent les facilités d’écoulement de leurs productions. Dans une perspective fédérale africaine les États devraient s’ouvrir les peuples aussi. C’est déjà ce qu’on note dans certaines organisations sous régionales comme la CEDEAO. Il y a donc nécessité d’opter au sein des ensembles sous régionaux, pour une libéralisation des échanges, afin de constituer des marchés assez vastes pour les investisseurs, et aboutir à la longue à un marché continental qui sans aucun doute sera le fondement économique de la fédération africaine.  Cette libéralisation, pour réussir, doit être voulue par les gouvernements africains qui veilleront à l’élimination entre les États membres de la même communauté économique, des droits de douane à l’importation et à l’exportation, des marchandises. Les États membres devraient également veiller à l’abolition des barrières non tarifaires, en vue de la création d’une zone de libre échange au niveau de chaque communauté économique et régionale. Ces différentes mesures qui visent la libéralisation des échanges entre les États membres d’une même communauté, pourront ensuite être étendues aux communautés entre elle. Elles doivent procéder par l’élaboration d’étude pour fixer un calendrier d’exécution des différentes mesures arrêtées. Ces actions, pour être plus efficaces, devraient s’accompagner du renforcement du cadre institutionnel des communautés économiques. Aussitôt, tel un champignon de mer, adviendra la fédération des États africains aux grands bonheur des peuples d’Afriques et du berceau de l’humanité.

Conclusion

Il ne fait donc avéré qu’une Afrique fédérale reste possible si des actions, omissions et abstentions nécessaires sont mis de l’avant pour son avènement heureux en temps et lieu. Comme l’estime EDEM KODJO, « l’on n’a pas beaucoup bougé avec le système de multiplicité des États, chacun ayant sa souveraineté ». CHEIK ANTA DIOP, lui, est allé plus loin en affirmant dans la préface à l’édition de 1954 de son œuvre, Nation nègre et culture, que : « c’est seulement l’existence d’États africains indépendants fédérés au sein d’un gouvernement central démocratique, des côtes libyques de la méditerranée, au cap, de l’océan atlantique à l’océan indien qui permettra aux Africains de s’épanouir pleinement, et de donner toute leur mesure dans les différents domaines de la création, et de se faire respecter, voire aimer, de tuer toutes les formes de paternalistes, de faire tourner une page de la philosophie, de faire progresser l’humanité, en rendant possible une fraternisation entre les peuples ». L’architecture de la fédération a déjà été élaboré par l’acte constitutif de l’union africaine. Mais encore faudrait-il donner du contenu à ce contenant par des actes concrets.

L’Afrique est capable de régénérescence, les ressources et les potentialités ne manquent pas. Cependant, il faut franchir le cap de l’afro – pessimisme, pour voir le rêve des « pères fondateurs » du panafricanisme se réaliser. L’idée de fédération africaine a longtemps cessé d’être un rêve et se réalise déjà, bien que de manière parfois difficultueuse. Tout porte a croire avec les diverses avancées notées ci et là que les fruits tiendront la promesse des fleurs ! Ainsi pourront nous assister à la naissance heureuse de la fédération africaine même si des actions quotidiennes concrètes sont posées. Car on ne le dira jamais assez avec Nkrumah : « Théorie sans pratique vide et pratique sans théorie aveugle ».