Arts & Culture

Appropriation culturelle : la culture n’est pas un costume

Culture Not Costume.

Si elle ne date pas d’hier, l’appropriation culturelle a été considérablement mise en lumière ces dernières années et introduit dans le langage populaire suite aux actions de nombreuses célébrités, perpétuant mais également critiquant cette pratique.

La plupart des Etats sont aujourd’hui composés de population d’origines et de cultures différentes. Il est donc peu surprenant que ces dernières se côtoient. En grandissant dans une communauté hétérogène et riche culturellement parlant, un individu peut être amené à adopter la langue, les coutumes ou encore les traditions des groupes culturels qui l’entourent.

Mais l’appropriation culturelle n’entre en aucun cas dans ce cas de figure étant donné qu’elle a peu à voir avec l’exposition d’une personne ou encore la familiarité de celle-ci avec différentes cultures.

L’appropriation culturelle est tout autre chose.

Qu’est-ce que l’appropriation culturelle ? 

Bien qu’il existe des définitions variées de l’expression « appropriation culturelle » , nous pouvons la définir comme étant la représentation de pratiques ou expériences culturelles, l’achat ou la possession continue d’objets culturels par des personnes étrangères à la culture ou une institution culturellement éloignée de celle-ci.

Elle implique le fait pour un groupe dominant d’exploiter la culture d’un autre groupe en ne comprenant et/ou ne cherchant pas à comprendre son histoire, son expérience ou encore ses traditions. L’appropriation culturelle concerne le plus souvent des membres d’un groupe dominant empruntant à la culture de minorités. Par exemple, les Africains, Afro-américains, les Asiatiques, les Latinos.

L’appropriation culturelle doit cependant être différenciée de l’assimilation et l’acculturation qui sont des termes souvent utilisés de manière interchangeable et proches sémantiquement. Ils font tous deux principalement référence à la nécessité pour une personne d’une autre culture de s’adapter ou s’habituer à une nouvelle culture influençant ou exerçant une domination sur les autres. L’appropriation culturelle opère quant à elle d’une manière différente dans la mesure où la culture dominante adopte des comportements culturels et les utilise comme si c’était les leurs.

Pourquoi est-ce que l’appropriation culturelle est un problème ? 

Même si l’imitation est une flatterie, cela n’empêche néanmoins que l’appropriation culturelle est considérée comme problématique sur le plan moral car on retrouve souvent une dénaturation et un vol d’histoire, d’héritage de personnes qui ont été historiquement dominées et demeurent socialement marginalisées.

En outre, les personnes pratiquant cette appropriation usent d’éléments leur donnant un air « cool », sans qu’elles aient à vivre les expériences oppressantes subies par ces minorités qu’elles exploitent. Ces emprunts relèvent de l’exploitation car spolient les groupes minoritaires du mérite qu’il leur revient. Ces pratiques qui proviennent de groupes minoritaires sont à présent associées aux membres du groupe dominant qui sont, par la suite, considérés comme innovateurs alors que les groupes minoritaires d’où proviennent ces pratiques font encore l’objet de stéréotypes négatifs impliquant notamment un manque de créativité ou encore d’intelligence.

Le cas le plus flagrant est celui des artistes Afro-américains, dont le style a été emprunté par des musiciens dits caucasiens dans les années 60. À cause du racisme institutionnel des Etats-Unis de cette époque, les musiciens Afro-américains n’étaient pas acceptés par la société. Les maisons de disque demandaient donc aux musiciens caucasiens de reproduire à l’identique les sons des musiciens afro-américains. Cela a malheureusement conduit à ce que de nombreux courants musicaux tels que le Rock’n’roll soient associés à des artistes caucasiens en dépit du fait que les artistes Afro-américains aient été pionniers dans ce domaine, tels que Rosetta Tharpe, considérée comme l’inventrice même du genre.

Par ailleurs, lorsque les membres du groupe dominant s’approprient la culture d’autrui, ils renforcent les stéréotypes proférés envers les groupes minoritaires. Certains estiment que cette pratique tire son origine dans un racisme conscient et subconscient. Prenons pour exemple, les « blackface party », qui consistent à teindre son visage de sorte à ressembler à une personne noire, ou encore le port de certains costumes basé sur des stéréotypes raciaux tels que la coiffe amérindienne.

In fine, l’appropriation culturelle met en évidence le déséquilibre de pouvoir qui existe encore entre les groupes dominants et ceux ayant été historiquement marginalisées. En tant que tel, un membre d’un groupe dominant peut prendre la tenue traditionnelle d’un groupe minoritaire pour une fête d’Halloween ou une performance musicale, par exemple. Pourtant, ledit groupe dominant semble peu soucieux de connaître les racines et les défis auxquels les acteurs de cette culture ont pu être confrontés dans la société occidentale.

Bien que popularisé par le « King » Elvis Presley, le rock’n’roll est l’invention de la « Godmother » Rosetta Tharpe, dans les années 40.

Comment remédier à ce phénomène ? 

Comme dit par le philosophe Francis Bacon dans Meditationes Sacræ : « le vrai pouvoir, c’est la connaissance ». Il faut établir un travail de recherche, chercher à comprendre la culture, l’histoire derrière l’élément qu’on envisage de porter. Trouver le but de celui-ci et, en fin de compte, avoir une démarche éclairée pour décider s’il est approprié d’agir ou non comme on le souhaite.

Nota bene : Pour ceux qui estimeraient que le fait, pour une femme noire, de porter un tissage ou des « extensions » lisses peut également être qualifiable d’appropriation culturelle, permettez-moi de le dire : FAUX! Cela ne peut être qualifié d’appropriation culturelle car dans toutes les cultures, nous trouvons des individus aux cheveux lisses. À la rigueur cela pourrait être qualifié d’assimilation ou d’acculturation et non d’appropriation culturelle car il s’agit simplement d’une manière, pour une personne marginalisée, de se fondre dans le groupe dominant à cause des pressions constantes dont elle peut faire l’objet.